Vendredi, 01 Août 2014

Les ennemis du poisson - Introduction

Pourtant, il faut, dans un ouvrage comme celui-ci, consacrer un chapitre aux animaux ichtyophages, ennemis naturels du poisson à tous les stades de son développement. Nous n’entendons pas, par ce terme d’ennemis, les parasites, ni les germes de maladies, dont il est question dans un autre chapitre, mais seulement les animaux carnassiers, piscivores, dont les poissons ou leur frai sont les victimes. Dans la règle, ceux-ci sont la nourriture de ceux-là.

L’homme s’étant, depuis des temps immémoriaux, arrogé le droit de capturer des poissons dans des buts divers, il regarde tous les ennemis naturels de ces animaux comme ses ennemis personnels, surtout si la concurrence lui paraît sévère. Mais l’appréciation des dommages causés par les animaux piscivores est trop souvent empreinte de sentiments affectifs et tendancieux ce qui ne saurait étonner quand on considère certains aspects trop répandus de l’égoïsme humain.

Quand les ennemis de certains poissons ont eu à subir, de la part des pêcheurs, une destruction excessive, il se produit à la longue une réaction très compréhensible : les partisans de la protection de la nature font appel à la modération et font valoir que la plupart de ces ennemis, qui par nature, dépendent de la chair des poissons nécessaires à leur subsistance, jouent, tout bien considéré, un rôle biologique important et qu’ils représentent de plus une valeur esthétique qu’il serait fâcheux de mésestimer.

L’objectivité indispensable à un tel débat faisant malheureusement défaut de part et d’autre, on vit s’aigrir à mesure la controverse entre pêcheurs et protecteurs. Aujourd’hui, grâce aux résultats de nombreuses recherches scientifiques, il est possible dans bien des cas de porter un jugement bien plus équitable sur l’activité des animaux piscivores. Le protecteur de la nature, comme le pêcheur, doivent s’incliner devant ces résultats.

Si c’est une erreur complète que de généraliser les cas isolés et occasionnels de graves dégâts imputables à certains prédateurs, il est tout aussi déplorable, surtout quand on se base sur des faits précis, de chercher à minimiser l’importance des observations.

Bien des pêcheurs restent sceptiques devant les résultats d’analyses de contenus d’estomacs ou de pelotes rejetées par les oiseaux. Ils n’ont pas entièrement tort, car il y manque trop souvent des compléments d’information essentiels concernant l’époque et le moment où les observations ont été faites. Ces renseignements sont d’autant plus indispensables que les prédateurs, au cours de l’année, peuvent modifier plusieurs fois et notablement leur régime.

En revanche, les pêcheurs oublient trop souvent qu’il existe, parmi les poissons dont ils se constituent les défenseurs, des prédateurs hautement spécialisés, comme les salmonidés, le brochet, la perche, la sandre, le silure, la lotte, le chabot. Le plus souvent, il est extraordinairement difficile d’apprécier avec quelque précision la part de responsabilité qui revient, en cas de pertes constatées, aux différents prédateurs d’un secteur donné, d’autant plus qu’il faut aussi tenir compte des dommages imputables aux parasites, aux maladies et aux apports éventuels de substances toxiques.

Quand les autorités responsables accordent l’autorisation d’abattre des prédateurs pour en diminuer le nombre jugé excessif, elles devraient toujours lier cette autorisation à la condition que le massacre soit surveillé et à l’obligation pour les tireurs de livrer les animaux abattus à un laboratoire, pour examen des contenus stomacaux.

Nous sommes certains que l’extermination des animaux piscivores serait une fatale erreur. Par exemple, le nombre des loutres vivant en certains pays est si faible, qu’une protection absolue de cet animal paraît désirable à tous points de vue. Ce serait aussi une bévue que d’abandonner au plomb du chasseur certaines espèces d’oiseaux ichtyophages qui n’apparaissent que rarement sur nos eaux, comme migrateurs, à certaines époques de l’année, par exemple : le balbuzard, le pygargue, les plongeons.

PS. On m’a gentiment demandé d’ajouter l’homme. Parmi les 700’000’000 de pages actuellement sur le Web en parle assez.

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