Samedi, 19 Mai 2012

Les ennemis du poisson - Le grèbe castagneux

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Le grèbe castagneux Podiceps ruficollis (Pall.) :


Le charmant petit castagneux est une des espèces dont la nocivité pour l’économie de la pêche, affirmée par les uns, contestée par les autres, a été le plus âprement débattue, dit H. Noll, dans un rapport sur l’alimentation de cet oiseau.
Les castagneux, au cours de l’année, changent de territoire au début du printemps, dès fin avril, jusqu’en août et même en septembre; donc pendant la période de croissance des végétaux; il vit dans les marécages, dans les petits étangs, dans la ceinture de laiches et la zone d’atterrissement des lacs, plus rarement dans les roselières.
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Dans le lac inférieur de Constance, par exemple, qui est bordé d’une large zone de végétation palustre, on ne le voit que très rarement en eau libre pendant cette période. Même dans un étang de superficie restreinte, il ne quitte guère les fourrés protecteurs, évitant au cours de ses déplacements, les surfaces découvertes. Mais en automne, à l’approche de l’hiver, le plan d’eau baisse dans les marécages et les insectes s’y raréfient. Le castagneux avance alors en eau libre, non seulement à la surface découverte des étangs et des lacs même dépourvus de toute végétation riveraine, mais encore sur les rivières où ils vivent alors un bon nombre. Il évite pourtant les ruisseaux au cours trop rapide, qui n’offrent pas de possibilités de plonger. Car c’est en plongée que cet oiseau prélève l’essentiel de sa nourriture, et c’est en plongeant qu’il cherche le salut en cas de danger. Les ruisseaux à truites sont donc en tout temps à l’abri de ses déprédations.

Les pêcheurs lui en veulent beaucoup et le mettent souvent en cause, avec d’autres oiseaux d’eau, dans les années maigres. Les ornithologues et les amis de la nature tombent dans l’excès contraire et contestent parfois tous les dommages qu’il peut causer aux poissons. En considérant les résultats des analyses stomacales, les deux camps pourraient se mettre d’accord, si seulement les contestants voulaient bien s’efforcer de reconnaître la vérité objective et ne pas s’abandonner à leurs jugements affectifs.

L’examen du contenu gastrique de huit castagneux du Rhin prouve qu’ils s’étaient nourris, presque exclusivement de chabots de rivière. L’examen des huit gésiers a fourni les restes d’au moins 180 individus de cette espèce ! D’autres observations plus importantes ont été faites depuis lors ; dans 62 % des gésiers, on trouva des restes de poissons ou des poissons entiers, et surtout des chabots. Mais là encore, dans tous les cas, on décela la présence de larves d’insectes en quantités plus ou moins abondantes, ce qui correspond au stade de transition vers la période de reproduction, pendant laquelle ces oiseaux sont presque exclusivement insectivores.

Prenons un autre exemple, fort instructif lui aussi.

La chasse sur l’eau fut abolie dans la baie de Constance en 1925. Des plaintes ne tardèrent pas à s’élever au sujet des dommages causés à la pêche par les castagneux. Sous la pression des plaignants, l’autorisation fut accordée de tirer ces oiseaux, à condition que tous les cadavres seraient aussitôt livrés pour examen à l’Institut pour l’étude scientifique du lac de Constance à Staad. Les viscères des oiseaux furent analysés par MM. J. Schmalz et H. Noll. Soixante-six contenus des gésiers examinés provenaient d’oiseaux tués durant trois hivers consécutifs (de 1926 à 1929).

Là encore, les chabots l’emportèrent de beaucoup sur toute autre espèce, et il fut souvent fort difficile de déceler parmi les nombreux restes de poissons la présence d’une écaille (les chabots en sont dépourvus).

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Le grèbe castagneux

En dehors des chabots, on nota une certaine fréquence des perchettes. On n’observa que très rarement des poissons d’autres espèces. Les restes d’insectes étaient surtout constitués par des larves de phryganes et de perlides, il se trouva même une larve de coléoptère aquatique. Comme mollusques, on observa surtout les limnées; les planorbes furent plus rares. Le gésier des grèbes tirés ensemble sur le même emplacement contenait souvent la même nourriture, celle qui s’offrait sur le fond.

Il est remarquable de constater qu’à l’époque de la fraie du gangfisch (petit corégone du lac de Constance, très important pour la pêche professionnelle), dont on retrouva des oeufs assez fréquemment dans les gésiers, beaucoup de grèbes n’en avaient pas consommé, ayant préféré des mollusques. Dans un cas, les oeufs décelés n’avaient pas été pris par l’oiseau lui-même mais gobés par le chabot capturé par le grèbe, dont l’estomac était bourré de ces oeufs !


Il serait fort utile de poursuivre ces examens pendant l’époque des nichées, car à l’inverse du grèbe huppé dont l’alimentation pendant cette période est la mieux connue (justement parce qu’il est alors plus abondant qu’en hiver), on ne sait rien du castagneux, ou presque, du moins quant aux données des analyses stomacales. Nous avons eu l’occasion d’observer de très près des castagneux nourrissant leurs petits et nous avons vu que la nourriture des jeunes est constituée surtout d’insectes, Plus tard, l’alimentation comprend de plus en plus de poissons, surtout des cyprinidés ou poissons blancs. A ce moment, le duvet des jeunes a fait place à leur premier plumage, changement qui se produit à l’âge de cinq semaines.

En pleine eau, les grèbes consomment des espèces de poissons à prolifération énorme, qui peuvent donc, par la nature des choses, supporter ces pertes. Elles abondent en août dans les gazons denses de charas. Les poissons nobles, au moins dans le lac inférieur de Constance, et sans doute dans la plupart des lacs, ne sont guère accessibles aux grèbes castagneux. Nous pouvons donc conclure que toutes les études faites jusqu’à présent ont montré que le castagneux, dans les lacs et les régions marécageuses, ne cause aucun dommage à l’économie piscicole en consommant du poisson. Mais, comme il détruit des chabots, petits poissons sans valeur marchande et il devrait plutôt être considéré comme utile puisque le chabot pille les frayères. Au surplus, dans les eaux libres et dans la nature, les ”pêcheurs” ont toujours existé et il n’en est résulté aucun mal aussi longtemps que ces rivaux ne se sont pas exagérément multipliés. En revanche, le grèbe castagneux doit être éloigné des étangs d’élevage. Aucun protecteur des oiseaux vraiment raisonnable ne protestera si on l’expulse des piscicultures ou même si on l’y détruit, pourvu qu’on le laisse vivre en paix chez lui, c’est-à-dire dans son milieu naturel, et qu’on lui cède sans rechigner la jouissance des marécages et des rives couvertes de plantes aquatiques, où les ornithologues éprouvent tant de joie à l’observer.


Ajoutons à ces conclusions de Noll celles de R. Poncy qui a examiné à Genève les gésiers de grèbes castagneux tirés en hiver sur le lac Léman. Cet auteur ne trouva pas trace de poissons mais seulement des mollusques (Bithynia, Valvata et Planorbis), des larves du coléoptère Haliplus ruficollis, des gammares et des fragments d’algues (Chara).

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