Samedi, 19 Mai 2012

Les ennemis du poisson - Le grèbe huppé

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Le grèbe huppé :

(Podiceps cristatus L.)

Nous emprunterons ces renseignements à un excellent travail du Dr W. Knopfli.

Le pêcheur considère le grèbe huppé comme un oiseau nuisible, bien qu’il ne conteste pas sa beauté. Il voit ce concurrent pêchant à journée faite et constate l’étonnante habileté dont fait preuve ce rival ailé. Rien d’étonnant à ce qu’il s’oppose à toute protection de l’oiseau et réclame la réduction de ses contingents. Le grèbe huppé est l’objet d’un conflit qui a duré plusieurs décennies, entre les protecteurs de la nature et les pêcheurs. Rapports, pétitions, articles de presse et de revues halieutiques ou spécialisées, lui ont été consacrés. C’est pour établir son degré de nocivité que cette espèce a été, plus qu’aucune autre, en Suisse en tout cas, l’objet de nombreuses analyses stomacales depuis une vingtaine d’années. En particulier, l’Institut de zoologie de Zurich a totalisé 250 analyses de 1915 à 1917.

Ces recherches laborieuses et malaisées ont permis de préciser que le grèbe huppé se nourrit principalement de cyprinidés. Ce sont les poissons blancs qui lui paient le tribut le plus important. Les ablettes sont de loin ses victimes les plus fréquentes, suivies des gardonneaux, puis beaucoup plus rarement, des rotengles et des brèmes.

Hormis les poissons blancs, un certain nombre de gésiers contenaient des restes de perches. On n’a pas découvert d’autres espèces de poissons. Les débris d’insectes et de végétaux trouvés avec les restes de poissons dans bon nombre de gésiers provenaient peut-être des intestins des poissons en digestion, mais les oiseaux tués en mai 1915 ont prouvé que le grèbe huppé se nourrit à l’occasion et dans une large mesure d’insectes à sa portée. Soixante-six individus furent tués à cette époque, douze avaient le gésier plein de fragments de hannetons sans nulle trace de restes de poissons.

Toutes les recherches entreprises confirment que les poissons consommés par les grèbes huppés appartiennent surtout à des espèces économiquement négligeables, à ce que les pêcheurs appellent avec mépris la « blanchaille ».
Nous ne croyons pourtant pas que le grèbe huppé choisisse ses proies entre les diverses espèces, nous pensons qu’il engloutit tout simplement ce qui lui tombe sous le bec. Toute la question est donc de savoir quels sont les poissons qu’il peut le plus aisément atteindre. Ce sont sans aucun doute les espèces qui séjournent de préférence dans les couches supérieures de la nappe d’eau où ils vivent. Les espèces qui constituent la nourriture principale des grèbes, les ablettes et les gardonneaux pullulent souvent dans nos lacs. Leurs bancs immenses sont très compacts dans certaines parties des lacs, et c’est justement dans ces secteurs que les grèbes huppés sont relativement nombreux, même en l’absence d’emplacements favorables à leurs nichées sur les rives. Actuellement par exemple, dans le lac de Zurich, la blanchaille pullule.

Une telle abondance est en rapport certain avec la souillure de l’eau datant du début de ce siècle, par l’excès de matières organiques. Pour ces espèces, les lacs sont devenus plus riches en nourriture, les poissons consommant directement les particules alimentaires rejetées avec les égouts et profitant indirectement de l’abondance des petits organismes qui se développent en masse, grâce à l’apport de substances organiques. La pullulation de la blanchaille est ainsi bien compréhensible et elle explique, du même coup, pourquoi les grèbes huppés se rassemblent en si grand nombre.

Cette augmentation du nombre des grèbes est un exemple classique des rapports entre espèces dans la nature, elle montre comment des influences nouvelles, en rompant un équilibre peuvent déclencher des modifications en chaîne, ou en cascade, si l’on veut. Des circonstances analogues doivent à, coup sûr se rencontrer dans divers lacs. Pourtant, bien que la nourriture du grèbe soit constituée surtout d’ablettes, de gardons, de vandoises et accessoirement de perchettes, nous ne serions pas partisan partout d’une protection absolue du grèbe huppé, comme celle dont il jouit au lac de Zurich. Nous ne croyons pas qu’une telle protection rendrait service à cet oiseau et encore moins aux autres habitants ailés des lacs. Mais la discussion de cette question sort du cadre de cet ouvrage.

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