Samedi, 19 Mai 2012

La truite de rivière (Salmo trutta fario)

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La truite de rivière (Salmo trutta fario)

de la famille des salmonidés

La truite de rivière - Salmo fario (Truite fario, truite de ruisseau, etc...) La grande abondance des noms locaux qui la désigne révèle la variabilité de son aspect : truite noire, truite bigarrée, truite blanche, etc..., sans compter la truite saumonée, dont la chair est rosée parce que l’animal s’est nourri assez copieusement de crustacés, qui ont communiqué à sa musculature la teinte que l’écrevisse prend à la cuisson.

La truite de rivière a généralement le dos olivâtre ou brunâtre, les flancs jaunâtres piquetés de points bruns ou noirs et de taches rouges souvent auréolées de blanc.

A l’angle antérieur de la nageoire dorsale, un liséré rouge et noir en écharpe. A la base de la caudale, l’angle supérieur est souvent bordé de rouge. Le lobe de l’adipeuse, chez les jeunes en tout cas, est rosé ou franchement carminé. Les truitelles portent encore sur les flancs de larges taches verticales sombres, ces taches juvéniles disparaissent avec l’âge.

Chez les vieux exemplaires, les halos autour des taches rouges s’effacent, les points foncés deviennent anguleux et dessinent comme des lettres, C, X ou Y. La croissance dépend considérablement des conditions du milieu.

Dans les torrents, en haute montagne, la truite reste presque naine et peut n’atteindre qu’à peine 20 ou 25 cm. En rivière et en plaine, elle devient géante et on en capture qui dépassent 5 kilos et mesurent presque un mètre. Les individus monstres qu’on pêche dans le Rhin ou le Rhône me paraissent des truites de lac en déplacement. [Voir : Son aspect extérieur]

Il n’est guère d’animaux, aucun peut-être au monde, auquel on ait consacré une littérature plus copieuse. Ses exigences respiratoires sont telles qu’elle ne prospère qu’en eau froide ou en tout cas richement oxygénée.

Ce sont ces exigences qui la cantonnent parfois dans les eaux tourbillonnantes ou près du fracas des chutes, le brassage enrichissant l’eau en oxygène. Elle s’y tient d’ailleurs à l’écart de l’agitation violente, dans des emplacements qu’elle connaît fort bien et d’où elle ne sort que pour les besoins de son alimentation ou en cas d’absolue nécessité.

C’est dans ces trous, dans les anfractuosités des berges, sous les racines noyées, que les braconniers vont les capturer à la main, sans qu’elles fassent, jusqu’à ce qu’elles soient saisies, le moindre mouvement pour échapper. On les croit souvent solitaires dans ces cachettes : la pêche électrique prouve, au grand étonnement des pêcheurs, qu’elles y sont parfois nombreuses. La truite fario s’accommode de régimes fort variables selon les conditions du milieu et qui évoluent au cours des saisons.

Elle n’est exigeante que sur un point : la nourriture doit être vivante et les pisciculteurs savent bien qu’une alimentation artificielle ne peut que donner des résultats médiocres.

C’est la raison fondamentale pour laquelle ce poisson ne saurait concurrencer la truite arc-en-ciel dans les piscicultures qui fournissent aux restaurateurs les truites-portions. Selon les conditions, la truite fario peut être insectivore, carnassière ou tributaire de la faune de fond qui rampe sous les galets. La diversité des procédés de pêche est évidemment fondée sur ces habitudes nutritives.

Une question qui a fait couler beaucoup d’encre et a longtemps agité les passions est celle du cannibalisme des truites. Il est indéniable que dans les conditions artificielles d’un canal d’élevage, les truitelles les plus avancées deviennent cannibales au détriment de leurs semblables restées malingres.

Il est non moins évident qu’une truite adulte, introduite accidentellement dans un tel milieu, risque d’y faire des ravages. Il n’est pas douteux non plus que les grosses truites deviennent carnassières et dangereuses pour leurs congénères plus petites.

Mais, dans la nature, un état d’équilibre se crée en fonction des ressources de chaque rivière particulière, et les poissons de taille et d’âge différents s’y répartissent sans se nuire réciproquement. Un cannibalisme éventuel n’y est que fortuit et n’est guère concevable que dans des conditions anormales, créées presque toujours par l’homme lui-même.

Il ne saurait être à craindre dans une exploitation judicieuse. (voir : Son alimentation) Un des aliments les plus importants de la truite est fourni par les insectes aquatiques qui éclosent en masse ou volent en essaims denses pendant la belle saison, phryganes et éphémères surtout.

Un auteur anglais, van Someren, s’est attaché à l’étude des conditions extérieures du moucheronnage des truites. Van Someren a observé le moucheronnage au crépuscule. Il a constaté l’importance de la température dont l’excès rend les truites apathiques.

Il a établi que la combinaison d’une forte teneur de l’eau en acide carbonique et d’une basse température rend les truites plus actives. Le moucheronnage n’atteint pas forcément son maximum quand les éclosions sont le plus nombreuses, mais un vent trop fort, le brouillard ou la pluie en contrariant ces éclosions, influent indirectement sur l’activité des truites. Pourtant, la pluie, en augmentant le taux d’acide carbonique de l’eau, peut favoriser le moucheronnage.

Dans la majorité des cas, l’activité des truites se jetant sur les insectes en surface coïncide avec une lente baisse de la pression barométrique.

Enfin, il semble que l’élévation du niveau de l’eau engage au contraire les truites à se rabattre sur la faune proprement aquatique.

C’est dans la mesure où les phases de la lune peuvent influer sur des facteurs du milieu de cette nature, qu’elles peuvent régler indirectement le comportement des animaux. La truite de rivière fraie en novembre ou décembre. Son instinct migrateur se manifeste dès l’automne.

Il suffit alors de se poster près d’une chute ou de rapides au bord d’une rivière suffisamment poissonneuse pour assister à la remonte. C’est un spectacle passionnant.

On constatera aisément que des truites, même de belle taille, ont grand-peine à franchir un seuil d’un demi-mètre et qu’elles rampent plutôt qu’elles ne sautent pour remonter des hauteurs supérieures. De seuil en seuil et de bief en bief, les truites finissent par accéder sur les emplacements de fraie, toujours les mêmes tant que le cours des rivières n’est pas modifié. L’eau y est limpide, le lit en général graveleux.

Dès novembre on commence à remarquer les frayères. Ce sont des places dénudées et claires, sur le fond en général sombre du lit de la rivière.

On y observe sans difficulté le curieux manège qui prélude à la ponte : une truite, en général très foncée, prépare l’emplacement, c’est sans doute une femelle. A intervalles réguliers, elle s’élance sur le flanc et racle le fond en battant violemment de la queue, soulevant un nuage de vase qui se dissout bientôt dans le courant. Pendant ce temps, une autre truite se tient en arrière le mâle agréé, apparemment ; il monte la garde et chasse les intrus, concurrents et petits individus qui tentent leur chance. Parfois, la femelle interrompt son labeur pour refouler elle aussi les indésirables. Quand la frayère semble terminée, le couple reste uni dans le courant, le mâle un peu en retrait.

Ils se maintiennent ainsi des heures durant, s’éloignant parfois pour revenir presque aussitôt. Fréquemment, les frayères sont très rapprochées, on voit même plusieurs couples voisiner sur le même emplacement qui peut être, dans ce cas, nettoyé sur plusieurs mètres de long.

Puis la ponte a lieu. Dans les conditions de mes observations personnelles, elle m’a paru avoir lieu de nuit. Une seule fois, je crois l’avoir observée au crépuscule, mais trop tard pour voir l’émission des œufs.

La femelle m’a paru se raidir étrangement, à ce moment le mâle a été saisi d’un vif tremblement. Quelques secondes plus tard, le couple avait quitté la place et n’a plus reparu. On dit que la femelle recouvre ses œufs après la ponte, je n’ai rien remarqué de tel.

Les œufs volumineux (5 mm. de diamètre environ) s’insinuent entre les galets. Il en sort des alevins vésiculés, qui n’éclosent guère qu’après 45 jours (à 10 degrés). Les alevins de truite fario sont craintifs, farouches même, ils sont beaucoup moins mobiles que ceux de l’arc-en-ciel et se cachent plus dans les anfractuosités du fond.

En pisciculture, manquant de cachettes, ils sont dangereusement exposés aux prédateurs et ils n’acceptent les aliments artificiels que comme nourriture d’appoint. Les truitelles atteignent en un été entre 5 et 15 cm. En cas de cannibalisme, en canal d’élevage, certaines atteignent déjà aux dépens de leurs soeurs jusqu’à 50 gr.

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Photo : www.baladesnaturalistes.hautetfort.com


Dans les conditions naturelles, les plus précoces atteignent la taille de 22 à 25 cm dès la deuxième année. Le mâle peut être mûr à deux ans, la femelle dès trois ans. Nous avons noté que la croissance pouvait être déplorable en altitude; en pisciculture, au contraire, on obtient des reproducteurs qui pèsent 600 gr à trois ans.

On a constaté que la croissance était étonnante chez les farios introduites dans l’eau relativement salée de la mer Baltique où des individus de 3 ou 4 ans ont pesé jusqu’à 1500 gr, ayant passé seulement un ou deux ans en mer. Cette influence favorable de l’eau salée sur la prospérité des truites de rivière est tout à fait remarquable.

Il est juste d’ajouter que certains auteurs considèrent la truite de mer comme une simple variété de la fario - ou inversement la fario comme une variété de la truite de mer, comme on voudra -. Les mêmes spécialistes, en général, sont d’avis que la truite de lac n’est pas non plus une espèce particulière, et que toutes ces formes constituent une seule et unique espèce (Salmo trutta), présentant une grande variation, due aux effets du milieu où elles vivent.

Quoi qu’il en soit de cette opinion, je présente, pour des raisons pratiques surtout, la truite du lac comme une espèce à part. Lisez aussi : Les poissons vus par les pêcheurs : La truite, où vous en apprendrez encore beaucoup plus.

 

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Provenance de l'article : www.gruyere-peche.ch

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