Ces vers, aux formes nombreuses et variées, ont un développement aussi compliqué que celui des trématodes, et, comme ceux-ci, comprennent beaucoup de genres et d’espèces incomplètement connus. Cependant, des observations minutieuses, complétées par des recherches expérimentales, ont permis de comprendre le cycle de reproduction de certains d’entre eux et de préciser le mode de transmission des oeufs en identifiant leurs formes larvaires et les animaux par lesquels ils passent.
Celui qui nous intéresse particulièrement est le bothriocéphale (Dibothriocephalus latus), qui se trouve à l’état adulte dans l’intestin de mammifères se nourrissant de poissons et notamment de l’homme. Il était si fréquent en Suisse romande il y a quelques dizaines d’années, que dans les localités riveraines des lacs, il y avait un porteur de bothriocéphale sur dix habitants, et même par endroits un sur quatre. De nos jours, il est devenu plutôt rare. Longtemps ce ver a tracassé les zoologues, qui n’arrivaient pas à élucider le mystère de son développement. On savait qu’on pouvait être contaminé en absorbant du poisson mal cuit. On avait identifié la larve, sous forme d’un ver minuscule, dans les muscles de diverses espèces de poissons.
On avait compris que ce petit être insignifiant et qui passe facilement inaperçu, devenait la tête du parasite et donnait naissance par bourgeonnement à tout l’immense ruban qui constitue le ver adulte; mais la science n’était pas arrivée à déterminer par quelle voie la larve s’introduisait dans le poisson. On a démontré, assez récemment, que le poisson est le deuxième hôte intermédiaire, et que le ver commence son développement dans un crustacé. Avec les matières fécales des porteurs de bothriocéphale, d’innombrables oeufs de ce parasite arrivent jusque dans l’eau des lacs, par exemple par les égouts. Ces oeufs donnent naissance à une larve ciliée microscopique, qui se fixe sur un petit crustacé planctonique, pénètre à l’intérieur et se transforme en un petit vers allongé. Nous savons maintenant distinguer à la loupe les crustacés parasités de ceux qui ne le sont pas.
Ces crustacés peuvent être avalés par un poisson et sont alors digérés, tandis que les vers qu’ils contiennent résistent à cette digestion. Ils perforent la paroi intestinale, se déplacent parmi les organes du poisson et vont s’enkyster dans les muscles. Lorsque, même après plusieurs mois, un chat pêcheur, un renard, une loutre ou un homme capture ce poisson, il devient l’hôte de la larve de bothriocéphale, laquelle se transforme alors en quelques semaines. En arrière de la "tête" de la larve, qui sera aussi celle de l’adulte, se trouve une zone de croissance intense au niveau de laquelle les anneaux se forment les uns après les autres. Il y en aura des milliers, formant une chaîne qui peut atteindre neuf mètres de long. La présence du parasite se manifeste par des symptômes tels que vomissements, crampes d’estomac, vertiges, anémie et amaigrissement. Il faut une intervention médicale pour se débarrasser de l’intrus, ce qui est en général assez facile, car sa tête, contrairement à celle des ténias, ne se fixe pas solidement à la paroi intestinale. Aujourd’hui le bothriocéphale est devenu plus rare, grâce à une meilleure hygiène, et parce qu’on a renoncé à l’habitude de manger du poisson cru ou mal cuit.
Voici encore un autre exemple, celui du ver Triaenophorus crassus, qui est sans danger pour l’homme, mais provoque de gros kystes chez les corégones. Son hôte principal est le brochet. On trouve souvent dans l’intestin de ce poisson de véritables pelotons de ces vers, qui font penser à des "nouilles". Il est compréhensible que, dans ces conditions, les matières fécales contiennent des milliers d’oeufs de ce parasite, d’où sortent des larves ciliées, comme pour le bothriocéphale.
Elles s’enkystent d’abord dans un petit crustacé du plancton. Le deuxième hôte est un corégone dont le plancton est la nourriture principale. Les larves, après avoir pénétré jusque dans les muscles, s’y développent et deviennent des rubans de plus d’un décimètre de long, pelotonnés dans une ampoule de la grosseur d’une noisette ou même d’une noix. Bien qu’elles soient inoffensives pour l’homme, leur aspect est si répugnant, que les poissons qui en sont atteints perdent toute valeur marchande. Les brochets s’infectent en dévorant des corégones parasités. Le triaenophorus ne se trouve heureusement que dans quelques lacs isolés. On peut le combattre par une pêche intense des brochets et des corégones. Là où ces espèces sont trop protégées, on risque au contraire de le voir pulluler, favorisé par la densité des poissons.
Il est ainsi un certain nombre de cestodes dont on connaît bien la biologie. Pour d’autres, une partie du développement est encore inconnue, et beaucoup de problème intéressants restent à résoudre. La nature est d’une richesse et d’une diversité qu’on ne peut s’empêcher d’admirer même chez des créatures qui ne nous sont pas particulièrement sympathiques.
Les vers parasites :
- Gyrodactylus
- Dactylogyrus
- Sanguinicola
- Echinorhynchus
- Bothriocephalus infudibuliformisTriaenophorus
- Ascaris dentata, femelleAscaris dentata, mâle
- Ligula simplicissima
- Caryophyllaeus mutabilis