Samedi, 19 Mai 2012

Les trématodes

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Ce sont des vers plats munis de ventouses. On pourrait les confondre, au premier abord, avec des sangsues dont l’organisme diffère cependant. Quelques-uns vivent comme les sangsues, sur la peau des poissons ou entre les branchies. D’autres infestent la cavité abdominale ou les vaisseaux sanguins, qui les transportent dans tout l’organisme et jusqu’au cerveau. D’autres pénètrent soit dans le tube digestif, soit dans les muscles, les reins ou le foie, où ils s’encapsulent. Pour certains d’entre eux, le poisson est un hôte intermédiaire, qu’ils n’occupent qu’à l’état larvaire. L’hôte principal, ou définitif, qui hébergera les parasites adultes, est l’animal qui se nourrit de poissons : mammifère, oiseau aquatique ou poisson carnivore. Il ingère le parasite avec le poisson infecté. Le cycle de reproduction des vers parasites est d’une complexité étonnante. En voici un exemple.

Le martin-pêcheur héberge dans son intestin un trématode qui, lorsqu’il arrive à maturité, pond des oeufs en quantité innombrable. Comme l’oiseau se tient toujours à proximité de l’eau, ses fientes, entraînées par le courant, sont déposées au fond des anses tranquilles, avec tous les oeufs de parasites qu’elles contiennent. Ceux-ci éclosent bientôt, donnant naissance à de microscopiques larves ciliées, qui nagent et choisissent comme premier hôte un petit crustacé dont elles percent la carapace de chitine pour pénétrer à l’intérieur. Si ce crustacé est avalé par un poisson : vairon ou petite carpe, le parasite n’est pas digéré, mais traverse la paroi intestinale et s’enkyste n’importe où dans les entrailles de son nouvel hôte. Il peut rester des semaines et même des mois à l’état de vie ralentie, jusqu’au moment où le poisson est dévoré par un martin-pêcheur. C’est alors que le cycle est complet : les sucs digestifs de l’oiseau libèrent le ver de son enveloppe, celui-ci se fixe à la paroi intestinale, arrive à maturité, et commence à pondre des oeufs en telle abondance que chaque jet de fiente de l’oiseau en contient des quantités.

Il existe de nombreux cas d’échange de parasites entre poissons et oiseaux aquatiques, surtout canards, grèbes et similaires. Sur les 500 espèces environ de trématodes dont on connaît l’existence, il n’en est que quelques-unes dont le développement soit entièrement connu. Dans la plupart des cas, une ou plusieurs des formes du parasite restent inconnues, ainsi que les animaux qui les hébergent.

On a récemment découvert toute l’évolution d’un trématode, agent de la cataracte parasitaire des cyprinidés, des salmonidés, de lottes et des perches. Pendant longtemps on n’en a connu que le stade larvaire. Un être microscopique se trouve dans la cavité respiratoire d’un escargot d’eau douce et s’y multiplie, au point de la remplir. Si un poisson avale le mollusque avec ses parasites, ceux-ci traversent la paroi de son intestin, pénètrent dans la circulation sanguine, sont transportés dans tout l’organisme, jusqu’à ce qu’ils arrivent dans le globe oculaire, et plus précisément dans le cristallin. C’est là que les petits vers s’installent.

Il grandissent en se nourrissant de la matière gélatineuse du cristallin qu’ils liquéfient. On les voit très bien à l’œil nu ou à la loupe : ils sont animés d’un mouvement giratoire continuel, et c’est pourquoi on leur avait donné le nom de Diplostomum volvens, "l’animal à deux bouches qui tourne". Ces vers n’arrivant jamais à l’état de maturité sexuelle dans le poisson, on avait admis qu’il s’agissait de larves qui devaient changer d’hôte pour terminer leur développement. Cette supposition fut confirmée : le poisson malade finit par devenir complètement aveugle, s’isole de ses semblables et séjourne de préférence en eau peu profonde, où il est la proie facile des oiseaux. En effet, on trouva la forme adulte dans l’intestin de divers oiseaux : martin-pêcheur, mouettes et sternes. On lui donne aujourd’hui le nom d’Hemistotum spathaceum.

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