Dans tout être vivant, les produits de déchets du fonctionnement organique sont évacués, soit par les excréments, soit par les organes excréteurs qui sont principalement les reins et la peau.
Les reins sont des bandes de tissus rouge sombre, qui restent appliquées contre la paroi de la cavité abdominale, quand on en a arraché les viscères et enlevé la vessie natatoire. Les produits solubles entraînés par le sang et destinés à être évacués (ce sont des dérivés de l’urée surtout) sont filtrés au niveau des pelotes de canalicules, appelées glomérules de Malpighi, et elles passent ainsi du sang dans l’urine. Les glomérules des reins des poissons ont aussi et surtout pour fonction de régulariser la teneur en eau des tissus.
Chez le poisson d’eau douce, l’eau pénètre constamment à travers les tissus perméables (peau, branchies etc.) par le phénomène physique de l’osmose, qui est le passage du liquide du milieu où les sels sont le moins concentrés dans celui où la concentration est la plus forte. Cet apport d’eau constant est compensé par une extraction équivalente au niveau des reins. Le corps du poisson et les reins sont donc traversés par une sorte de lent courant d’eau et l’urine est abondante, beaucoup plus, relativement que celle d’un mammifère.
Remarquons en passant que le sel ordinaire (chlorure de sodium) indispensable à l’organisme, peut pénétrer au niveau des branchies aussi bien qu’avec les aliments. Inversement, les poissons de mer plongés dans une eau beaucoup plus salée que leur sang, rejettent du sel et justement par les branchies. Les poissons capables de supporter les deux milieux (on les dit euryhalins) absorbent le sel par les branchies quand ils sont en eau douce et l’excrètent par les mêmes organes, en eau salée. Il est d’ailleurs probable que les poissons qui ne supportent pas ce passage (les sténohalins), meurent en partie par asphyxie consécutive aux désordres causés dans les tissus des branchies, tout autant que par leur incapacité physiologique de régler leur hydratation dans le milieu inaccoutumé.
Nous avons dit que la peau est aussi un organe excréteur. Les poissons ne transpirent pas, ils n’ont pas de glandes sudoripares. Mais l’excrétion peut se produire aussi sous forme de substances insolubles ou de cristaux, qui sont déposés et mis ainsi hors circuit, si on peut dire. Si surprenant que cela paraisse, les couleurs des poissons et spécialement leur aspect argenté, résultent en partie du dépôt à la périphérie de telles substances dans des cellules appelées chromatophores. Ces cellules ne sont pas de vulgaires dépotoirs. Par un phénomène comparable à l’utilisation des restes ou des sous-produits dans l’industrie, ces déchets colorés qui sont des pigments, acquièrent des fonctions importantes. Les cristaux de guanine, par exemple, qui chargent certaines cellules et donnent aux poissons leur argenture, sont surtout abondants chez les espèces pélagiques et sont en rapport avec l’éclairage des couches superficielles de l’eau.
Ils forment dans la peau des écrans protecteurs dans certains cas, ou font office de miroirs réfléchissants. Un autre pigment, la mélanine, qui est foncée, ou même noire, forme des écrans, absorbant peut-être les radiations utiles. Les pigments colorés disposés en bandes ou en taches peuvent jouer un rôle analogue au camouflage. Les chromatophores bruns, jaunes ou rouges, sont des cellules en rapport avec des filets nerveux qui déclenchent l’étalement ou la condensation des pigments. Le poisson, selon les conditions, change ainsi de ton en quelques instants, comme les pêcheurs ont souvent l’occasion de l’observer. Le barbeau à l’agonie, par exemple, prend une superbe robe mordorée, bien différente de la couleur plutôt terne qu’il avait un instant auparavant dans l’eau.
Les couleurs des poissons dépendent aussi de la sécrétion d’hormones qui, conjointement avec le système nerveux, provoquent l’étalement ou la condensation des pigments dans les chromatophores. C’est pourquoi, au moment de la reproduction, certains mâles surtout, mais aussi les femelles dans certaines espèces, présentent de si somptueuses "parures nuptiales". On déclenche des parures passagères, au laboratoire, en injectant des hormones sexuelles ou même certains produits chimiques à des poissons au repos.
A propos des couleurs chatoyantes des poissons, rappelons qu’ils ne possèdent pas de pigments bleus, ni de verts, ni de violets. Leurs teintes bleues résultent de la dispersion des rayons lumineux dans l’épiderme : sur un fond de mélanine noir, l’effet produit peut être un bleu intense ou un violet. Le vert, couleur si fréquente, résulte de la combinaison de ce bleu avec le pigment des chromatophores jaunes. Les irisations sont causées par le jeu des rayons lumineux sur les cristaux de guanine. C’est un phénomène physique identique à celui des irisations d’une bulle de savon ou d’une tache d’huile répandue sur une route mouillée.
