Samedi, 19 Mai 2012

Phénomènes hydro-biologiques naturels

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Nous avons vu qu’en présence de conditions biologiques favorables, certaines espèces d’algues planctoniques peuvent devenir particulièrement envahissantes. Par hétéro-antagonisme elles éliminent la plupart des autres espèces souvent beaucoup plus favorables qu’elles-mêmes au développement piscicole. En raison de leur phototropisme, ces algues se déplacent dans l’épaisseur de la masse d’eau au cours de la journée, mais il arrive un moment où, sous l’action de divers facteurs (grosse chaleur orageuse accompagnée de forte dépression barométrique par exemple) elles se portent toutes en surface et ne peuvent plus redescendre. Elles forment alors à la surface de l’eau une couche ininterrompue pouvant atteindre plusieurs millimètres d’épaisseur. C’est ce qu’on appelle une ”fleur d’eau”.

Exposées aux rayons directs du soleil, et subissant un fort échauffement, ces algues meurent alors en masse. Cette matière organique est immédiatement la proie des bactéries. La masse organique étant très divisée, la fermentation est brutale et très rapide. Il s’ensuit une absorption à peu près totale de l’oxygène dissous dans l’eau ainsi qu’une forte production de substances toxiques, issues du métabolisme bactérien. Les poissons meurent alors en grand nombre par intoxication et asphyxie. Un phénomène du même ordre peut se produire à l’occasion de faucardements. Si l’on faucarde en période de fortes chaleurs et qu’on laisse dans l’eau les produits faucardés, ceux-ci entrent en fermentation et les poissons meurent pour les mêmes raisons que ci-dessus. Nous avons vu que les algues d’eau douce produisaient des substances actives pouvant être nocives pour les animaux. En de multiples points du monde, on a signalé des mortalités de dindons, moutons et animaux sauvages ayant absorbé de l’eau d’étang qui contenait une forte proportion de certaines algues, surtout des cyanophycées : Microcystis et Anabaena.

Les docteurs Fitch et Gortner, des services vétérinaires américains, ayant étudié de près la question, parvinrent à la conclusion suivante : certaines algues renferment une substance hautement toxique produisant chez les animaux des symptômes spéciaux non encore observés jusqu’ici. La toxicité de cette substance est telle, qu’elle n’a d’égale que celle des cyanures.

Un cas de mortalité de poissons et d’intoxication d’animaux domestiques nous a été signalé dernièrement au Maroc : les poissons d’un lac mouraient sans cause apparente et les animaux qui buvaient l’eau de ce lac étaient fortement indisposés. Après enquête et examen microscopique nous avons pu attribuer ces inconvénients à la présence massive dans le lac de quatre Microcystis et d’une Anabaena. Certains protozoaires et mollusques peuvent se comporter comme les algues et sécréter des substances hautement toxiques pour le poisson. Un autre phénomène qui affecte directement les poissons est la décomposition des matières putrescibles véhiculées par le vent, notamment des pollens. Dans certaines régions riches en conifères il arrive que les étangs soient recouverts d’une couche épaisse de pollen formant fleur d’eau. Ce pollen, très putrescible, entre en décomposition et fait périr le poisson par le processus habituel : asphyxie et intoxication.

Le goût dit "de vase" que possèdent les poissons dans certaines collections d’eau n’est pas dû, comme on le croit généralement, à la présence de la vase mais à celle de certaines algues cyanophycées. Ces algues sécrètent une sorte d’huile essentielle pourvue d’une odeur caractéristique rappelant le moisi. Cultivées en laboratoire dans des milieux totalement exempts de vase, elles conservent cette odeur pénétrante. Dans la nature, elles la communiquent aux poissons herbivores. Les voraces, perches, brochets, qui se nourrissent des herbivores sont également contaminés. Le "goût de vase" disparaît si l’on maintient les poissons pendant plusieurs jours dans une eau de source renouvelée, l’huile essentielle dont ils sont imprégnés se détruisant assez rapidement par le simple jeu de leur métabolisme normal.

Il semble bien que la présence massive de certaines algues encore des cyanophycées : Aphanizomenon gracile, par exemple - contrarie la croissance des poissons qui s’en nourrissent. Ainsi, Gardonus rutilus, qui réussissait autrefois fort bien dans les canaux du parc présidentiel de Rambouillet, est affecté d’un nanisme très net depuis qu’Aphanizomenon gracile s’est installée dans la pièce d’eau et s’y développe en abondance. Quelques-uns de ces gardons nains, transportés dans un autre étang exempt d’Aphanizomenon, ont donné une descendance parfaitement normale.

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