Lorsqu’on crée un étang sur un sol vierge, il ne tarde pas à se peupler spontanément de végétaux et d’animaux aquatiques. Il est intéressant de savoir comment se fait un peuplement naturel. Les germes proviennent tout d’abord du sol lui-même, masse prodigieusement vivante, puis de l’air.
Si nous considérons un étang neuf alimenté uniquement par les eaux météoriques et de ruissellement des terres environnantes, nous constatons que son peuplement en bactéries, algues et protozoaires est extrêmement rapide : la semence existait déjà sur place et ne demandait qu’à proliférer sous l’effet d’une humidité permanente. En très peu de temps l’eau est riche en diatomées, cyanophycées, protococcales, eugléniens, volvocales, amibes, infusoires, rotifères, etc... base nutritive qui permettra à des espèces plus évoluées, plus exigeantes, et n’existant pas dans les sols, de venir s’installer.
Le transport et l’apport naturel de ces espèces exigeantes se fait de différentes façons, surtout par le vent et les animaux supérieurs. L’air contient une foule de germes desséchés, à l’état de vie ralentie, ou sous forme de graines, de spores ou de kystes
minuscules : ces germes, en tombant dans une collection d’eau, y rencontrent des conditions biologiques convenables, retrouvent leur activité et s’y multiplient. Il suffit de mettre une poignée de foin ou quelques feuilles de salade dans un verre d’eau pour pouvoir observer pendant plusieurs semaines une population microscopique très curieuse et très variée. Les animaux qui fréquentent les collections d’eau, soit pour y boire (mammifères), soit pour y nicher (certains oiseaux), transportent également des germes d’une collection d’eau à une autre, soit sur leurs pattes ou leur corps, soit dans leurs excréments. Certaines graines ou spores, certains kystes ou oeufs (dits ”oeufs de durée”), sont protégés par une membrane épaisse qui les rend à peu près inattaquables par les sucs gastro-intestinaux des vertébrés, même à sang chaud. Quant aux poissons, on sait qu’ils digèrent souvent très mal. A partir d’un milligramme d’excréments de Gardonus rutilus nous avons pu faire revivre environ 80’000 algues, qui avaient traversé le tube digestif de l’animal sans être détruites ni avoir perdu leur faculté de multiplication. Un pêcheur qui transporte des ”vifs” d’un étang à l’autre, une société de pêche qui déverse des alevins de cyprinidés provenant d’une pisciculture parfois éloignée, contribuent donc à la dissémination de nombreux germes animaux et végétaux. Malgré ces multiples causes de propagation des germes, on constate que tous les lacs, tous les étangs, toutes les mares ne possèdent pas des peuplements identiques.
C’est qu’il ne suffit pas qu’un être parvienne vivant dans une collection d’eau pour pouvoir s’y développer et s’y multiplier; il faut tout d’abord qu’il ait la chance d’échapper aux prédateurs, et qu’ensuite il trouve des conditions biologiques favorables à son espèce : température, lumière, nature et concentration des sels dissous, pH, oxygène en quantité suffisante, et, si c’est un animal, alimentation figurée convenable. Enfin, il faut encore qu’il ne se trouve pas en présence de substances antagonistes spécifiques produites par les êtres vivants déjà installés. La propagation des plantes supérieures (phanérogames) se fait surtout par graines, mais ces graines restent parfois très longtemps dans la vase sans pouvoir germer. La germination semble nettement favorisée par une mise à sec temporaire.
Pendant la dernière guerre, de nombreuses pièces d’eau avaient été vidées pour des raisons d’ordre militaire. Lorsqu’elles furent remises en eau, la plupart se couvrirent d’une végétation aquatique émergée et submergée, dont il fut très difficile de se débarrasser. L’exemple du Grand-Canal et de la pièce d’eau des Suisses du parc de Versailles est, à ce sujet, particulièrement frappant. Dans un même ordre d’idées, il faut signaler que les oeufs de certains animaux aquatiques se comportent comme les graines. Enfin, certains phénomènes biologiques restent encore fort obscurs : on assiste parfois dans toute une région à l’apparition massive et simultanée dans les étangs, de plantes qui n’y existaient pas, même à l’état sporadique.
