”Roger Bachelier”
Jadis, tous les fleuves étaient abondamment fréquentés par le saumon, sauf les fleuves méditerranéens, la Somme, la Vilaine et les fleuves des Charentes. L’absence du saumon dans les fleuves méditerranéens est évidemment due à l’absence du saumon dans la Méditerranée elle-même, quelle qu’en soit la cause.
En ce qui concerne les fleuves picards, bretons et charentais qui ont toujours été dépourvus de saumons, une raison simple peut être avancée : ce sont des fleuves dont les eaux, même du bassin supérieur, sont insuffisamment oxygénées pour permettre la reproduction des salmonidés. Nous disons la reproduction et non la vie, car il n’est pas rare de trouver, au moins accidentellement, des salmonidés adultes dans des eaux assez peu aérées; notamment les migrateurs qui n’hésitent pas à traverser, rapidement sans doute, des eaux fort polluées pour atteindre leurs frayères qui, elles, sont toujours en eau fraîche et riche en oxygène.
Nous constatons que toutes les disparitions récentes ont correspondu exactement à des édifications de barrages, et que toutes les disparitions ou raréfactions anciennes peuvent s’expliquer de même par des barrages anciens. Tout barrage retarde la montée du saumon.
Sans doute le braconnage, grandement facilité par les barrages d’ailleurs, et les pollutions de la zone des frayères, ont pu provoquer certaines régressions ; mais la régression supprime elle-même la raison d’être du braconnage et même de la pêche, et, d’autre part, les zones de frayères sont beaucoup trop étendues pour être polluées entièrement et chaque année.
Pour revoir nos rivières peuplées de saumons comme jadis, il conviendrait donc de permettre à, ceux-ci de franchir les barrages.
Incidemment, on peut remarquer que les barrages absolument infranchissables et situés à l’aval des frayères ont provoqué, dans un délai de cinq ans, la disparition du saumon tant à leur aval qu’à leur amont.
Ce fait prouve, à mon sens, que les saumons ne remontent que dans les rivières où ils sont nés.
